COLERE



« J’ai écrit ce livre pour que dans quelques années, ma fille ne me crache pas au visage », voilà par quoi débute ce livre écrit par Éric LA BLANCHE. La préface est rédigée par Pablo SEVIGNE, célèbre auteur de Comment tout peut s’effondrer qui tient à réhabiliter le sentiment de colère : "La colère n'est pas synonyme de violence (...) c'est une force qui nous montre nos limites et qui nous décuple". Car c'est bien à un "lâcher d'affect" que nous invite l'auteur de COLERE, qui fait de son ouvrage un texte inhabituel, rempli d'exclamations, de jurons, d'emportements qu'on a rarement l'habitude lire. Il s'emporte contre l'apathie générale qu'il fustige en ces lignes : "je n'y avais jamais vraiment prêté attention auparavant mais, dans mon entourage (...), personne n'était en colère (...) s'agissait-il d'un sentiment trop fruste pour les nerfs délicats et bien élevés de mes homologues "zécolos" ?"


Ainsi, débute ce livre qui va nous plonger directement dans une première partie écrite sous forme d'état des lieux révolté "mais qu'est-ce qu'on a foutu?". Notre système y est décrit comme un tabouret à 3 pieds, « le premier pied est le capitalisme c’est-à-dire un système économique reposant sur la propriété privée des moyens de production. Le deuxième pied, ce sont les connaissances techniques en perpétuel essor. Quant au troisième pied du système, c’est l’énergie. La technique a permis au capitalisme de l’exploiter plus et mieux depuis l’invention de la machine à vapeur. » Mais bien au-delà d'une argumentation délivrée tout azimuts, c'est la place laissée aux émotions du narrateur qui donne toute son originalité et sa force à ce livre hors norme. « Quelques modestes années d’expérience m’ont permis de comprendre que les informations environnementales ne sont pas anxiogènes pour les raisons qu’on imagine. Si elles nous rebutent tant, c’est parce qu’elles remettent en cause notre mode de vie et la façon de penser qui va avec : notre identité profonde. C’est surtout de ça que nous avons peur : de devoir changer d’identité. »


Dans la seconde partie nommée « les effondreurs », l'auteur ne mâche pas ses mots pour qualifier les 1% les plus riches qui possèdent plus que la moitié la plus pauvre de l’humanité. « A commencer par leur détestable mode de vie mais surtout parce qu’ils utilisent leur immense pouvoir pour bloquer toute évolution qui leur serait défavorable. » On vous recommande en particulier les chapitres " quelques milliers de super criminels" et "putain de lobbies"! Il n'a peur non plus de critiquer le concept de « croissance verte », car les fameuses technologies vertes sur lesquelles elle repose, sont couteuses écologiquement, très difficiles à recycler et surtout ne résoudront pas "notre addiction car, dans la croissance verte, le problème ce n’est pas la couleur mais la croissance. » Le ton est volontairement polémique et a quelques intonations de "comptoir" et ça fait du bien ! "Je conclurai par un avertissement à tous les bondieusards technoptimistes qui pensent que la technologie nous sauvera". Et de citer Bossuet : "Dieu rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes".


Dans la dernière partie « Colère », l'auteur dénonce le fait qu’on nous fasse croire que nous (citoyens) sommes coupables de cet effondrement. « Ce n’est pas nous qui rasons l’Amazonie, extrayons le pétrole, exterminons les poissons. Nous sommes seulement les lointains complices, à l’autre bout de la chaine, et, à ce titre, nous portons une petite partie de la responsabilité. Mais nous n’en sommes certainement pas les coupables. Si quelqu’un essaie de vous le faire croire, ne débattez pas, c’est le système qui se défend». Toutefois, il faut soutenir les prises de conscience écologique dans notre société : manifestations, problèmes environnementaux cités dans les médias, etc. A condition de se poser très clairement la question de la violence :"peut-on encore penser qu'on va faire changer les choses avec des marches pacifistes, des slogans et des pétitions? ". Ne vous y trompez pas : il n'y a pas ici d'appel à la violence mais plutôt une incitation à assumer sa colère. "La colère n'est pas un défaut malencontreux de l'âme : elle fait partie du pack de survie dont l'évolution a équipé l'être humain (...) elle n fuit pas (...) elle est tournée vers l'avant, vers l'action".


En bref, qu'on soit d'accord ou pas avec certaines parties, ce livre a le mérite de parler avec les tripes de sujets où la froideur scientifique efface souvent les émotions les plus simples, les plus profondes, qui sont pourtant essentielles pour que l'homme s'attaque véritablement au problème du climat. Et si on laissait davantage libre court à notre colère ?


COLERE, Eric La Blanche, Editions Delachaux et Niestlé - septembre 2020

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