Génération surdiplomée



Les 20% qui transforment la France, c'est par ces mots que Monique DAGNAUD et Jean Laurent CASSELY nous invite à découvrir la génération de surdiplômés qui font l'objet de leur livre. La sociologue et directrice de recherche au CNRS et le journaliste essayiste croisent leurs regards sur cette "classe privilégiée composée des diplômés de niveau bac +5 et plus", qui représentent désormais environ 20% d’une génération, dans laquelle on distinguera 3 sous-ensembles :

- Les masters universitaires

- Les diplômés des « petites grandes écoles » et des écoles post bac

- Les diplômés des très grandes écoles post-prépa


En 4 grandes parties, complétée d’une enquête qualitative et d’une enquête quantitative Ifop en annexe, le livre nous permet de nous saisir du sujet, au prisme de facettes variées qui en font toute la richesse.


La 1ère partie « un jour, tu seras un « talent » », aborde le sujet du mérite, du travail et de ce que représentent les études supérieures pour l’échantillon de personnes interrogées. Le mérite est ainsi défini comme la synthèse de l’intelligence et de l’effort. « Pour les « talents », le marché du travail se présente sous un jour inversé par rapport aux autres demandeurs d’emploi : ce sont eux qui font le choix et non pas l’entreprise. Cette position de force signe ainsi un élargissement du domaine de leur liberté. Le diplôme supérieur est vu comme un sésame qui ouvre les portes, tant pour acquérir le confort économique que pour décider de sa vie".


La deuxième partie nous entraine "au travail, entre innovation et impact social". Depuis plus de 10 ans, la création d’entreprise n’a cessé de se développer en France, ce que l'on doit pas uniquement à un cadre juridique plus favorable mis aussi "aux logiques de sous-traitance à l’œuvre dans le capitalisme d’innovation». Pour les surdiplômés, se saisir de sa propre responsabilité et agir avec sens est devenu une logique à suivre au sein de leur travail, qu'ils vont chercher ailleurs s'ils ne trouvent pas en tant que salarié.


La 3ème partie est consacrée aux style de vie de ces surdiplômés. Selon David GOODHART, le théoricien de l’opposition entre les anywhere et les somewhere, «la mobilité de l’expérience et l’éducation supérieure tendent à modifier la vision du monde d’un individu – elles rendent plus réceptif au changement, moins attaché à un lieu en particulier. (…) Les nouveaux diplômés de la génération montante correspondent donc plutôt à la catégorie des anywhere, ces individus mobiles géographiquement et socialement». La différence entre les villes de bureau et les villes de qualité de vie est évoquée. En effet, « la qualité de vie étant une aspiration centrale pour les 20%, les villes TGV de province sont souvent concurrencées par leur arrière-pays». «Les villes régionales ont tout pour séduire la génération de diplômés du supérieur qui privilégient la qualité de vie. Tout à l’exception d’un petit détail : l’emploi qualifié. Si la vie rêvée des parisiens se situe, de plus en plus hors de la capitale, les opportunités professionnelles ont tendance à rester très concentrées autour de celle-ci». L’alimentation est une autre dimension dans laquelle les plus éduqués s’illustrent par leurs choix de vie. Les formats de distribution les plus prisés par nos intéressés se concentrent sur les supérettes et les rayons bio des grandes surfaces généralistes et les magasins bio spécialisés.


La dernière partie est consacrée à "l'imaginaire élitaire les anime : le souhait d’avoir un impact sur la société, le sentiment d’être investis d’une mission qui les dépasse à l’égard de la marche du monde». Les auteurs s'attardent sur leur attrait pour les causes et plus particulièrement celles liées à l’environnement. « Les jeunes directement menacés par le réchauffement climatique et séduits par les valeurs de la pensée sauvage, manifestent une vive sensibilité aux enjeux écologiques : s’esquisse chez eux un value gap avec les autres générations». On observe un certain écart entre eux et la société. «Notre société est désormais tellement féconde en diplômés qu’une partie d’entre eux poursuit l’ambition de tirer la vie économique, alors qu’une autre portion s’investit désormais dans le changement socioculturel et environnemental».


Pour conclure, « pris entre l’opportunité de réinventer leur propre trajectoire, par choix ou par contrainte, et celle de s’engager professionnellement et personnellement dans les nouveaux territoires du développement durable et des questions sanitaires, les 20% sont destinés à donner la boussole de la transition écologique. »


Un livre très riche d'enseignements pour mieux comprendre cette génération, au style très agréable et accessible.


Génération Surdiplomée, éditions Odile Jacob, janvier 2021



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