L'entreprise du XXIè siècle



« Oui, changer le monde passe aussi par l’entreprise » : c’est sur ces mots de Nicolas Hulot (qui rédige la préface) que s’ouvre le livre de Pascal Demurger, Directeur Général de la MAIF.

La première partie fait la pédagogie de « la folie du monde, entre inconséquence économique et impuissance politique ». Rien que l’on ne sache déjà, mais les notions de financiarisation, de corruption du lien social, de mondialisation toxique, etc. sont expliquées dans un langage clair, argumentées de données chiffrées et font de l’ouvrage un modèle de vulgarisation économique et sociale.

Bien sûr, on attend davantage l’auteur sur sa conception de l’entreprise « face à sa responsabilité politique » car cette dernière n’a pas qu’un poids économique. Elle a investi depuis longtemps la sphère politique, d’autant plus qu’aujourd’hui, les Etats peinent à agir notamment en matière d’infrastructures, pour apporter des solutions stables à des besoins durables. « Or nos vies sont de plus en plus régies par des infrastructures matérielles et immatérielles, dont les Etats n’ont pas la maîtrise (…) ce qui opère un décalage entre le lieu d’exercice du pouvoir et le lieu d’exercice de la démocratie ». La puissance des GAFA et autres BATX est d’ailleurs évoquée tout le long de l’ouvrage comme autant de nuages sombres au-dessus de nos têtes.


Pour nous, l’intérêt du livre réside surtout dans la suite. Ainsi, dans la 2ème partie consacrée à « l’entreprise politique, de l’expérience au modèle », Pascal Demurger commence par livrer ses convictions personnelles sur le nouveau rôle de l’entreprise : « Il s’agit plutôt de montrer comment faire de son impact positif une source puissante de performance et de pérennité (…) Il s’agit donc bien de répondre le mieux possible aux attentes, aux aspirations ou aux intérêts de ses différentes parties prenantes, de rechercher toujours à avoir l’impact le plus positif possible sur son environnement pour construire, finalement, un modèle économique plus performant et plus durable pour l’entreprise elle-même ».

Nous plongeons ensuite dans le modèle MAIF ou comment mettre en place les conditions du changement et de l’alignement avec les nouvelles raisons d’être de l’entreprise du XXIème siècle. On y apprend beaucoup de choses sur cette transformation, de l’organisation globale au système de rémunération des conseillers, de la typologie des investissements au management, jusqu’à la refondation du modèle tarifaire ou à la gestion humaine des sociétaires. Bien sûr, ce chemin n’est pas un long fleuve tranquille, l’auteur ne s’en cache pas. Mais force est de constater qu’il est payant, en interne comme en externe que ce soit au niveau de la satisfaction des collaborateurs, que celle des clients dont le taux d’attrition est excessivement faible. Mieux : ses engagements rendent la Maif attractive et elle gagne de nouveaux sociétaires chaque année. A ce titre « la tentation est forte d’instrumentaliser la démarche » et de privilégier les actions qui engendreront le plus de visibilité possible. En bref, les dérives ne sont jamais loin.

L’auteur le réaffirme comme un mantra « la première condition au fonctionnement de ce modèle est la sincérité sur le fond. La seconde condition (…) est la radicalité de la mise en œuvre ».


La conclusion du livre sonne comme un appel : « Affirmer la responsabilité sociale et environnementale de l’entreprise a été une étape nécessaire ; elle n’est plus suffisante. Le temps est venu d’assumer une véritable responsabilité politique de l’entreprise ».


L’entreprise du XXIème siècle sera politique ou ne sera plus, de Pascal DEMURGER, aux éditions L’aube – 2019.


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