LA REVOLTE DES 1ers DE LA CLASSE

LA REVOLTE DES 1ers DE LA CLASSE


« Faut-il passer un CAP cuisine après Sciences-po et HEC ? ».

C’est sur cette question un brin provocatrice que s’ouvre ce livre très bien documenté qui fait le point sur une vraie tendance à l’œuvre chez les diplômés et ce? de plus en plus jeunes : plaquer un métier vide de sens? « un bullshit job », sans capacité de décision ni d’impact sur les choses pour monter sa propre affaire, en gastronomie, métiers de bouche, œnologie, etc. Quand le cadre de la finance devient crémier-fromager, rien ne va plus dans le monde des Bac+5 !

L’auteur nous montre à quel point ce courant dépasse les mille et un articles de presse et le fantasme du boucher new-yorkais, hipster et surdiplômé. Il s’agit bien d’un véritable phénomène de société, qui touche ces « professions intellectuelles supérieures » à qui les diplômes n’ont pas ouverts les horizons promis. Victimes du déclassement (l’auteur analyse très bien ce phénomène), ils ne managent plus personne, ont des postes à responsabilités très limitées, d’ailleurs ils n’utilisent qu’une petite partie de leur cerveaux et de leurs capacités. C’est bien d’une révolution silencieuse qu’il s’agit car vous ne les croiserez pas dans une manifestation, mais plutôt dans la rue commerçante d’à côté où ils sont devenus boulangers, fromagers, bistrotiers ou brasseurs.

Avec leurs concepts généralement haut de gamme, ils redessinent nos centres urbains, notre consommation, mais aussi notre vision du succès. Il y a encore 10 ans, si un étudiant de grande école avait annoncé qu’il se lançait dans la torréfaction de café ou la fabrication de bière, qu’il ouvrait une fromagerie ou une cave à vins, ses camarades de promo lui auraient ri au nez et l’auraient sans doute classé dans la catégorie « looser » ou au moins «décalé ». Mais ça, c’était avant ! Dans l’ancien monde, les bons élèves s’installaient au sommet des tours de bureaux et les mauvais étaient condamnés à travailler de leurs mains pour servir cette élite de l’économie « immatérielle ». Aujourd’hui, l’étudiant ou le cadre qui font un choix alternatif, deviennent sujets d’admiration et d’envie, par ces mêmes camarades restés eux, dans les cabinets conseil et les agences de communication, les places de marché ou les services marketing produits.

A travers cet ouvrage, nous découvrons la nouvelle économie urbaine de proximité, ses codes et ses techniques d’aujourd’hui, qui viennent bien elle, du monde d’avant…


La Révolte des Premiers de la Classe, de Jean-Laurent Cassely / éditions VOX - 2017